Précarité: Les points de vue des acteurs du « Grenelle » de l’insertion


Le 23 Novembre 2007 la CFDT RHONE ALPES était présente à cette manifestation notamment à travers ses représentants au CESR.

De nombreux militants intéressés s'étaient aussi déplacés.

À Grenoble, François Chérèque a confirmé la volonté de la CFDT de s’investir « d’autant plus dans ce Grenelle qu’il y a aura un engagement du gouvernement à produire des résultats ».

Il faut « sortir de la vision libérale » de l’insertion, qui laisse à la croissance de l’économie le soin de résorber l’exclusion, « mais aussi de la vision de l’assistance, pour aller vers un traitement spécifique et continu qui s’attaque en profondeur à l’exclusion », a-t-il déclaré, en affirmant essentielle l’articulation de la solidarité nationale et de la solidarité professionnelle pour faire reculer l’exclusion.

François Chérèque qui avait répondu à l’invitation de Martin Hirsch a été vigoureusement interpellé.

Vous trouverez ci-après résumés les points de vue des participants à l’assemblée plénière qui clôturait la première journée de travail.

CONVERGENCES

ET

DIVERGENCES ....

Une soirée qui s'est prolongée au delà de l'heure prévue tant les échanges ont captivé le public.
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Le haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin HIRSCH, a tout d’abord décrit une typologie de l’emploi qui a considérablement évolué.

Pour lui, le noyaux central de l’emploi est constitué par les salariés qui immédiatement employables sont effectivement employés, souvent en CDI.

Viennent ensuite  une succession de cercles concentriques, chaque strate correspondant à des fragilités : jeunes peu qualifiés, femmes, seniors , handicapés etc …éloignant les intéressés d’un emploi stable ce qui explique pour lui l’explosion actuelle des contrats précaires.

La situation actuelle se caractérise également par une forte mobilité d’un strate à l’autre  jusqu’à atteindre une périphérie d’exclusion de l’emploi difficilement réversible.
Pendant des années la France, qui fait partie des pays dont la productivité horaire est la plus importante, s’est accommodée de cette éviction des moins performants car le dynamisme de l’économie permettait de la supporter souligne Martin HIRSCH .

 

Aujourd’hui ajoute-t-il le ratio - périphérie /cœur de l’emploi - est trop fort pour que cette situation perdure plus longtemps.


Patrick VIVERET (à droite sur la photo), haut fonctionnaire concepteur du RMI et participant de la table ronde du Grenelle de l’insertion,  précise que le RMI visait à éradiquer la pauvreté qui demeurait enkystée au cœur de l’abondance par un double dispositif assurer un revenu minimum ET une insertion.
Cette seconde phase n’a jamais été opérationnelle parce que pour lui le RMI est inadapté à la dérégulation totale du marché de l’emploi liée au « capitalisme total » que décrit par exemple  JEAN PEYRELEVADE .

Nous sommes là pour « construire des désaccords » souligne-t-il.

Appelant à la rescousse la théorie économique d’Auguste et Léon Walras il illustre son propos d’un exemple : d’un point de vue économique le poison recherché par un assassin a plus de valeur que le médicament recherché par un médecin pour soigner son patient tout simplement parce que le premier peut y mettre plus de moyens financiers que le second et parce que, dans nos sociétés,  on ne donne pas de  valeur au « capital humain et social » : l’activité de la mère au foyer ,  celle du  bénévole dans une association , celle de l’étudiant ne sont  pas valorisées  par nos indicateurs.

Il invite donc les participants au Grenelle de l’insertion à remettre en cause les indicateurs classiques de la richesse et à s’inspirer des études conduites au Québec sur le sujet (remplacement du produit intérieur brut, par le produit intérieur doux).

Patrick VIVERET rappelle également  qu’un dollar donné à des personnes en difficultés est immédiatement réinvesti dans l’économie pour satisfaire les besoins vitaux des intéressés et que de ce point de vue ce don participe à la croissance économique ce qui ne sera pas forcément le cas des « cadeaux fiscaux de l’été dernier »


Trouver un indicateur plus pertinent, Madame PARISOT pour le MEDEF ne veut pas en entendre parler.

Elle reconnaît que les entreprises n’ont sûrement pas fait en matière d’insertion tout ce qui aurait pu être fait.  
Elle souligne cependant qu’il faut sortir d’une vision caricaturale de l’entreprise car pour la majorité des entrepreneurs, l’entreprise est le lieu de « partage d’une aventure humaine » et elle rappelle que, pour elle, une entreprise d’insertion est une entreprise comme les autres et qu’elle est concernée par leur devenir.


Issu du mouvement Emmaüs Pierre DUPONCHEL qui dirige différentes structures travaillant dans la récupération du textile est parvenu à pérenniser 1000 emplois et en a actuellement 300 en phase de pérennisation.

Il dit sa surprise d’avoir été invité à cette table ronde au même titre « que les forces du capital et que celles du travail » auxquels il a des reproches à faire.

Se tournant vers Madame PARISOT il souligne qu’il n’est pas opposé à l’économie de marché dans laquelle il est parvenu à insérer 1000 salariés mais rarement dans des entreprises « ordinaires » ce qu’il regrette.

Il souligne que les structures dont il a la charge survivent  parce que  son objectif est" d’abord l’être humain et pas le profit" : dans les structures qu’il dirige l’échelle des salaires est plafonnée, il n’y a pas de stock options, les dirigeants sont élus...


 

 

S’adressant à François CHEREQUE , Pierre DUPONCHEL  reproche au salariat non seulement de ne pas s’ouvrir à l’insertion , les comités d'entreprises étant à son sens peu actifs dans ce domaine, mais, de surcroît , les syndicats le conduisent devant les conseils de prud’hommes lorsqu’il déroge, compte tenu de la spécificité de son activité, à certaines règles du droit du travail.

François CHEREQUE pointe quant à lui le maquis des contrats aidés perçu comme insécurisant leurs propres emplois par les salariés de droit commun, ses adhérents.

Il attend une simplification des dispositifs d’insertion et surtout leur encadrement.

Il pointe leur  manque d’évaluation, soulignant qu’aucun gouvernement n’a fait le bilan des allègements de charges patronales consenties aux employeurs pour la résorption du chômage des différents publics visés par les dispositifs d’insertion.

Il plaide surtout  pour une  prévention de l’exclusion du marché de l’emploi que pourrait constituer « la sécurisation des parcours professionnels » .

 

 


Madame BARTMAN responsable d’une structure dijonnaise d’insertion s’inquiète des exigences schizophréniques de l’Etat qui confie aux associations les personnes les plus éloignées de l’emploi tout en jugeant les structures d’insertion sur leur taux de placement en entreprise le tout dans un délai qui actuellement ne peut dépasser deux ans .


Ce couperet de deux ans est inadéquat pour le règlement de situations qui comportent non seulement un volet emploi mais également des volets  santé et logement souligne Michel DESTOT , député maire de Grenoble, mais en plus il n’y a aucune continuité dans les dispositifs d’insertion et l’Etat en change sans s’inspirer des expérimentations de terrain qui pourtant fonctionnent.

Il cite en exemple le groupe SCHNEIDER et son dispositif « 100 chances, 100 emplois ». Il souligne que « l’innovation existe dans le champ social et culturel », qu’elle est utile car elle crée les emplois de demain, des emplois correspondant à de nouveaux besoins.

Martin HIRSCH précise que si la construction des désaccords permet le dialogue, ce qu’il attend pour sa part de ce Grenelle de l’Insertion c’est que l’on  parvienne à des expérimentations et des évaluations permettant d’orienter les décisions de l’Etat.


Enfin, un intervenant dans la salle souligne l’importance de la validation par  l’Education nationale des compétences des personnes en cours d’insertion.


A VOIR UN RESUME D'INTERVENTIONS EN VIDEOS

INTERVENTION DE MARTIN HIRSCH SUR FRANCE INFO : logement social et insertion des rmistes